Domination_masculineLes hommes se font souvent plus agresser que les femmes. On en parle peu parce que le fait de poser les hommes comme victimes est un tabou immense, mais la domination masculine a des conséquences négatives importantes sur les hommes eux mêmes (qui s'entretuent pour des histoires d'honneur, de territoire, de patrie, bref, des trucs de mec). La tendance principale de ces agressions sur les hommes est qu'elles ont généralement lieu dans un lieu public, souvent devant témoins.

La tendance principale des agressions sur les femmes est qu'elles ont lieu à l'abri du regard des autres, soit dans un lieu fermé (souvent le domicile même de la victime, on en a déjà parlé), soit dans un lieu public mais d'une façon moins visible. Il est en effet devenu moins acceptable d'agresser une femme sexuellement de nos jours, il vaut donc mieux pour l'agresseur être plus discret. L'agresseur joue à repousser les limites de sa victime en comptant sur sa vulnérabilité et son isolement, et la victime recule en effet sans cesse son seuil de tolérance sans oser rendre l'agression publique.

Tcentralen_tomGlobalement, on a appris aux hommes à prendre plus de place et à se sentir légitimes d'occuper l'espace et le temps (de parole, par exemple. Éric Zemmour est tout à fait persuadé que ce qu'il a à dire est assez intéressant pour être diffusé à l'antenne). Globalement, on a appris aux femmes à s'adapter aux rythmes et aux utilisations de l'espace et du temps des autres. Dans la rue, il y a ceux qui marchent droit en se foutant des autres avec leur attaché-case, et il y a ceux qui zigzaguent pour éviter les petits vieux, les poussettes, les groupes de mecs qui prennent toute la largeur du trottoir. Et globalement, je fais partie de la deuxième catégorie.

Sauf quand j'essaie, pour voir, de ne pas changer ma trajectoire.

StressgangenDans le couloir souterrain qui relie la gare centrale de Stockholm à la station de métro, à l'heure de pointe, c'est assez costaud. Les Stockholmois surnomment d'ailleurs ce tunnel "
stressgången", le passage du stress. Il y a ces types, sûrs d'eux et du fait que l'on va s'écarter de leur passage. Ces types semblent terriblement perturbés quand une femme, jeune qui plus est, ne change pas de trajectoire, et continue de marcher droit sur eux jusqu'à ce qu'ils finissent par se jetter sur le côté en maugréant un truc (généralement une insulte sexiste).

Il ne s'agit pas de foncer sur les petits vieux ou les gamins (quoique ça pourrait faire un super jeu vidéo, ça fera l'objet d'un prochain post...), hein, juste de changer parfois le cours des choses et de ne pas laisser des gens décider de notre trajectoire. Une première étape de déconstruction de la norme, pour qu'au final, on puisse choisir le civisme (et non la galanterie !), en faisant en sorte que tous prennent en considération les trajectoires des autres.

Photos : Stressgången vide (Wikipedia), et à l'heure de pointe (Flickr).