I'll try anything once

06 juin 2009

Et le généreux milliardaire est...

Jeudi soir, la nouvelle faisait la Une de tous les journaux en Suède : un mystérieux donateur a offert 1 million de couronnes suédoises au premier parti politique féministe du monde, deux jours avant les élections européennes. Jeudi 4 juin, Gudrun Schyman, principale candidate d'Initiative Féministe au Parlement Européen, annonce avoir reçu un coup de fil de quelqu'un qui l'a entendue parler des problèmes de démocratie dans ces élections.

Le système électoral suédois contraint les petits partis (ceux n'ayant pas obtenu 1% aux précédentes élections) à financer eux-mêmes les bulletins électoraux, mais surtout à organiser seuls leur distribution dans tous les bureaux de vote du pays. Pour Initiative Féministe, premier parti politique féministe du monde (créé en 2005, et qui était l'objet de mon mémoire de master), c'est un vrai casse-tête : il faut compter sur la bonne volonté et la motivation des militants qui sillonnent, dans leurs propres voitures, les routes de Suède pour déposer leurs bulletins dans les bureaux de vote.

Autre problème en arrivant sur place : certains bureaux refusent les bulletins (???), les jettent ou les dissimulent (là-bas, sur la petite table...), empêchant ainsi les électeurs de faire leur choix librement. Et en cas d'absence de bulletin du parti désiré, il faut écrire en toutes lettres le nom du parti sur un bulletin blanc. Pas d'abréviation, pas de nom de candidat. Malheureusement, il semble que les responsables des bureaux de vote ne sachent parfois pas communiquer ces informations aux électeurs.

SchymanGudrun Schyman, donc, qui fait campagne pour le parti Initiative Féministe, a souligné ces problèmes de démocratie, et s'était plainte depuis plusieurs semaines d'être exclue des débats électoraux, en tant que représentante d'un petit parti. Les grands médias suédois (télévision et presse) ont en effet peu consacré d'articles à la campagne des féministes, qui semble toujours déranger en Suède.

Jeudi soir, soudain, la tempête médiatique commence autour de Gudrun Schyman, après l'annonce de ce don d'un million de couronnes suédoises (environ 100.000 euros) pour permettre au parti Initiative Féministe de mener une grande campagne médiatique à deux jours du scrutin, et d'informer sur les difficultés dans les bureaux de vote.

Comme Gudrun s'est toujours battue contre le financement occulte des partis, elle convainc le mystérieux donateur de faire son coming-out pour plus de transparence. Le donateur accepte et ils conviennent ensemble que Gudrun annoncera son nom le lendemain soir, dans une émission de la télévision publique SVT.

Vendredi soir, à 21h dans "Aktuellt", Gudrun dévoile le nom de son bienfaiteur...
Il s'agit de Benny Andersson, du groupe de pop suédois ABBA.
benny

La nouvelle fait l'effet d'une bombe. Surprise, étonnement, déchaînement des journalistes, tout le monde est sous le choc. S'en suit un communiqué de presse dans lequel le compositeur et ancien chanteur d'ABBA explique son choix, louant la ténacité et la détermination de Gudrun Schyman qui selon lui, pourrait vraiment faire la différence au Parlement Européen. Cet argent a permis une grande campagne médiatique d'information sur les modalités de vote, et donne un coup de projecteur sur le parti Initiative Féministe, jusque là dans l'ombre.

Espérons que ce coup médiatique permettra au parti Initiative Féministe d'atteindre les 1%, pour obtenir le soutien financier de l'Etat, voire plus....... pour envoyer Gudrun Schyman à Bruxelles !


* Initiative Féministe ("Feministiskt Initiativ") est un mouvement politique créé en Suède en 2005, et qui a réussi le tour de force de rassembler tous les courants du féminisme (queer, radical, libéral, socialiste, anarchiste...)
Le mouvement repose sur trois pieds : éducation populaire, militantisme, et parlementarisme. L'essentiel des activités des militant-e-s d'Initiative Féministe est la diffusion du féminisme et des analyses de genre dans la société suédoise, et parfois, la préparation d'une élection. Ce fût le cas en septembre 2006 (législatives en Suède), puis en juin 2009 (européennes), où Initiative Féministe a présenté des listes, reposant sur un programme entièrement pensé à travers la perspective féministe.

Vous pouvez trouver ce programme politique féministe en français (traduction maison ^_^) en version courte, ou en version longue.

Pour les élections européennes, Initiative Féministe a présenté un programme ambitieux (lisible ici en français et en version courte), avec notamment les points suivants :
- Faire de l’avortement libre un droit fondamental humain.
- Une action vigoureuse pour l’égalité des hommes et des femmes.
- Développer le système de protection et d’éducation des enfants dans toute l’Europe.
- Arrêter l’esclavage sexuel.
- La parité H-F dans toutes les organes de l’UE.
- Faire de la questions des violences des hommes envers les femmes une question centrale.
- Respecter le droit d’asile.
- Une Europe laïque où l’église est séparée de l’État.
- Combattre la militarisation de l’UE.
- Une politique climatique avec une perspective de genre consciente.


[Edit]
8 juin 2009
Et voilà, c'est officiel, Initiative Féministe ("Feministiskt Initiativ" ou "F!") fait partie des partis établis en Suède. Avec 2,22% des suffrages exprimés aux Européennes, le parti peut compter sur le soutien financier de l'État pour les prochaines élections (impression et distribution des bulletins électoraux).
70.434 personnes ont osé voter féministe dimanche dernier en Suède, une progression importante depuis les élections législatives de 2006 (où Initiative Féministe, au terme de sa première campagne électorale, avait recueilli 40.000 voix).

Initiative Féministe n'a pas obtenu cette fois de députée européenne, mais il faudra désormais compter sur elle dans le paysage politique suédois. Avec les soutiens exprimés de personalités populaires comme Jane Fonda (actrice étasunienne) ou Benny Andersson (ex membre du groupe pop ABBA), emmenée par la débattrice brillante et excellente rhétoricienne Gudrun Schyman, et défendue par des militant-e-s efficaces et déterminé-e-s, l'Initiative Féministe suédoise amène un changement profond dans la conception de la politique, et promet des débats passionnés dans les années qui viennent, en Suède et au delà des frontières suédoises. (Une branche espagnole d'Initiative Féministe a été lancée au printemps 2009 !)

ALLEZ  F!


11 mars 2009

Cachez ce pénis...

De la neutralité du masculin.

La langue française ne comporte que deux genres pour les substantifs : le masculin et le féminin. Le neutre comme genre a disparu pour les substantifs depuis le latin. Il existe cependant un procédé qui résout certains problèmes d’accord : la neutralisation.
La_barbeCelle-ci s’utilise dans les cas où les pronoms sont au genre neutre (ce, ceci, cela, ça), et dans les cas où les substantifs des deux genres sont employés conjointement. Comme il faut bien opter pour un genre, on utilise le masculin qui prend une fonction qu'on appelle « non marquée » : « Le jour et la nuit se sont unis à Pajala ».
Ce procédé dit "de neutralisation du genre", opération toute grammaticale, concerne ainsi également les substantifs animés humains : c’est l’emploi générique. On dira que le terme est pris dans son sens le plus général. En 1998, l’Académie française justifie cet emploi générique par « la capacité du masculin de représenter à lui seul les éléments relevant de l’un et de l’autre genre ». Les enfants apprennent ainsi dès l’école élémentaire que même si Simon est tout seul parmi une dizaine de filles, on dira « Ils sont sortis à l’heure ».

La neutralisation a ses défenseurs, je fais partie de ses détracteurs (pas de féminin existant recensé pour ce terme). Le langage étant un outil de pouvoir, il peut parfois être mis au service d'une hiérarchisation des genres, qui puise une partie de son efficacité dans le fait qu'elle est dissimulée sous ce terme de "neutralisation". Pour faire clair, cette "neutralisation" est en réalité une masculinisation, instaurant le masculin comme genre de l'universel.

Et c'est généralement le féminin qui disparaît sous la neutralisation. Pourtant, comme l'illustrent de nombreux articles récents de la presse française, on dissimule parfois le masculin.

Cachez ce pénis...

Articles_Liberation
 

Qu'il s'agisse d'émeutes aux Antilles ou de violences en milieu scolaire, la formulation choisie par la presse (ici, Libération, mais le constat est le même chez Le Monde, par exemple) est étrangement floue.

On parle de "personnes", de "jeunes", de "groupes d'émeutiers"... Bien que masculins, ces termes sont neutralisés. Alors que la presse ne manque jamais de préciser que l'auteur de tel crime ou tel délit est "d'origine étrangère" (remplacez "étrangère" par toute nationalité n'est pas occidentale, blanche et bourgeoise), quand il s'agit de son sexe, c'est souvent le silence. On le note parfois, au détour d'un paragraphe, mais jamais dans le titre, ni dans les explications du début de l'article. Et quand on cherche des causes à cette violence, on accuse au mieux, la désespérance sociale, au pire, les jeux vidéos ou Marilyn Manson.

Et c'est dommage (en plus d'être débile pour ces deux dernières thèses), parce que c'est omettre une bonne partie du problème.

Violence structurelle.

Quand on mentionne une vingtaine de "personnes", quand il s'agit en fait de jeunes hommes, on s'empêche de comprendre ce qui rend cette violence possible : le fait qu'elle est socialement tolérée chez les jeunes hommes comme mode d'expression d'un malaise.

Ecraser_le_patriarcatLa violence n'est pas un mode d'expression traditionnellement acceptable pour les femmes, ce qui explique en partie (outre l'apprentissage de la docilité aux contraintes sociales) pourquoi les femmes commettent moins de 10% des meurtres, 1% des viols, et ne représentent que 3,8 % de la population carcérale en France. Les chiffres concernant les crimes et délits avec usage de la violence ne sont pas sexués en France, il est donc impossible de savoir exactement qui fait quoi. En tous cas, si les femmes ont parfois recours à la violence, ces cas sont marginaux par rapport à la violence structurelle masculine.

Si la violence se trouve du côté du masculin, c'est bien à cause d'un système qui l'organise et d'une structure sociale qui divise les tâches et les attributs accordés à chaque genre. Du côté du masculin, la guerre, les hurlements entre automobilistes mal garés et les bagarres de fin de soirée arrosée ; du côté du féminin, la gentillesse, le dialogue et les câlins avec les enfants. Et toute personne agissant dans un genre opposé à son sexe est socialement déconsidérée, marginalisée, dépréciée, décrédibilisée. J'en avais déjà parlé, les hommes qui utilisent la violence l'exercent principalement sur... d'autres hommes, parfois au nom d'une femme, d'une frontière, d'un honneur bafoué. Si le statut d'homme victime est encore tabou, c'est peut-être aussi parce que la relation entre violence et virilité (socialement construite, évidemment !!) est toujours niée.

Gênante, cette violence masculine ? Tant qu'aucune prise de conscience n'aura lieu et que le recours à la violence continuera de faire partie des attributs de la virilité, ce type d'événements ne pourra être endigué. C'est la redéfinition de la masculinité qui permettrait de s'extraire de ce cycle où les hommes sont responsables de la quasi totalité des actes violents. Mais il faut avant cela que l'on reconnaisse que la manifestation de la violence a un lien étroit avec l'éducation à la masculinité. Car il ne s'agit pas d'une "essence virile violente par nature", évidemment : "Ce que le monde social a fait, le monde social peut le défaire", disait Pierre Bourdieu...

Pour faire écho aux derniers événements violents en milieu scolaire, en France et en Allemagne, quelques rappels :

- 11 mars 2009 : Fusillade en Allemagne, dans un collège au nord de Stuttgart, Allemagne.
Auteur : un jeune homme de 17 ans.
Victimes : au moins 16 morts, dont l'auteur.

- 23 septembre 2008 : Fusillade du lycée de Kauhajoki, Finlande.
Auteur : un jeune homme de 22 ans.
Victimes : 11 morts (dont l'auteur) et 2 blessés.

- 16 avril 2007 : Fusillade à l'université de Virginia Tech, Virginie, États-Unis.
Auteur : un jeune homme de 23 ans.
Victimes : 33 morts (dont l'auteur).

- 20 avril 1999 : Fusillade du lycée Columbine, Littleton,  Colorado, États-Unis.
Auteurs : deux jeunes hommes de 18 ans.
Victimes : 15 morts (dont les auteurs) et 24 blessés.

et pour finir, une date oubliée et importante :

- 6 décembre 1989 : Tuerie de l'École Polytechnique, Montréal, Québec, Canada.
Auteur : un jeune homme de 25 ans.
Victimes : 14 morts (toutes des femmes) et 14 blessés, puis suicide de l'auteur.
Le tueur, Marc Lépine, déclara ce jour là à ses victimes : "Vous êtes des femmes, vous allez devenir des ingénieures. Vous n'êtes toutes qu'un tas de féministes, je hais les féministes".
Pour reprendre le titre d'un livre de Florence Montreynaud, Le féminisme n'a jamais tué personne.


Collectif féministe La Barbe : http://www.labarbelabarbe.org

17 décembre 2008

Tolérance de Noël

>_<
TetrisJe rentre après-demain et j'ai hâte. Mais l'enthousiasme du retour est un peu bridé pour l'instant, je suis en train de m'arracher les cheveux en jouant à Tetris pour faire rentrer toutes mes affaires dans mes bagages.

Plus que deux jours à Stockholm. Je n'ai pas eu le temps de tout faire mais j'ai bien avancé. Les entretiens sont dans la boîte et je ramène plein de bouquins, ce qui me fait un bon matériau de base à travailler. J'ai aussi rencontré des gens passionnants qui font partie de l'élite de l'éducation sexuelle suédoise (surtout stockholmoise), et puis des profs et des travailleurs sociaux, qui gèrent au quotidien les questions et les besoins des jeunes suédois qui fréquentent leurs classes, leurs MJC (fritidsg
ård), et leurs centres de consultation jeunesse (ungdomsmottagning, un système bien suédois dont j'écrirai peut-être un jour quelques mots...)

Et je me suis familiarisée avec de nouvelles idées, théories, pratiques et méthodes.

L'une de ces nouveautés est la pédagogie dite de "critique de la norme" (normkritiskpedagogik), qui s'oppose à la pédagogie de la tolérance (toleranspedagogik), utilisée pour combattre par exemple l'homophobie ou le racisme à l'école.

Maria Ahlsdotter, travailleuse sociale (en suédois : socionom) et consultante en études de genre, raconte à propos de la méthode tolérante :
"On a beaucoup expliqué l'homophobie ou le racisme par un manque de connaissance. Par exemple, les gens seraient homophobes parce qu'ils n'auraient jamais rencontré d'homosexuel
les, et il suffirait de leur montrer que les homosexuelles sont des personnes tout aussi sympathiques que vous et moi, pour qu'ils arrêtent d'être homophobes."

Mais ça doit bien vous manquer, un pénis, parfois, non ?
Entre_les_murs_de_laurent_cantetDans les écoles, concrètement, on loue une homosexuelle pour la journée, qui vient raconter sa vie aux élèves (son coming-out, la réaction de ses parents, son quotidien, sa sexualité...), les élèves lui posent toutes sortes de questions et expriment leurs opinions, et à la fin de la journée, la plupart des élèves se disent que finalement, les homosexuels sont gentils et un peu comme nous, donc peut-être qu'on pourrait leur accorder le droit de se marier, par exemple.
De la même manière, on peut faire venir un handicapé, un juif ou un musulman, un végétarien, et faire des journées à thème de lutte contre telle ou telle discrimination, pour diffuser la tolérance parmi les élèves.

Cette méthode est couramment utilisée en Suède, et c'est également celle qu'entend promouvoir le Ministère français de l'éducation nationale à la rentrée prochaine.

Mais à beaucoup, cette méthode laisse souvent un goût amer. Maria Ahlsdotter explique qu'il s'agit, pour les intervenants extérieurs, d'exposer leur vie privée devant un public et d'attendre un jugement des élèves, qui décident si la personne est valable ou non.
Et au niveau des résultats, la méthode tolérante a tendance à poser de nouvelles limites : on tolère les gays s'ils ne se maquillent pas comme des filles, comme on tolère les arabes s'ils sont en tailleur au ministère de la justice. Et on ne se prive pas d'agiter toutes ces exceptions de personnes qui ont "réussi" malgré leur handicap / origine ethnique ou sociale / sexualité, pour montrer que la norme prend soin de ses outsiders.
Tant qu'on peut les intégrer à la norme, ça va. Sinon, le mépris est toujours là.

Je te tolère.
Tolerance_de_l_homosexualite_en_2006Ce joli concept de "tolérance" suppose qu'un individu se place en position de tolérer, et un autre, conséquemment, se fasse tolérer. Or pour les théoriciens de la pédagogie de critique de la norme, il est intolérable que certains individus prennent le droit de tolérer (ou non) d'autres individus.
Parce qu'il s'agit de rapports de pouvoir.
Celui qui tolère a le pouvoir de le faire, ou du moins se l'octroie. On peut aussi dire à Fabien "Je sais que tu es né à Bernay, bon, j'ai bien réfléchi et ce n'est pas un problème pour moi, je peux vivre avec ça, je suis très tolérante", avec une certaine fierté d'embrasser la diversité de façon si progressiste. Mais il y a fort à parier que Fabien n'apprécie pas du tout qu'on se mette en position de tolérer un élément de sa vie sur lequel, en somme, personne ne peut rien.

Les hétérosexuels prennent le droit de décider si les homosexuels sont aptes au mariage ou à élever des enfants, les chrétiens se vantent d'accepter l'existence d'autres religions, et les blancs se félicitent d'être aussi tolérants envers les noirs, le tout en se disant que "ces gens là sont aussi normaux, quelque part". Et si les homosexuels, les juifs ou les noirs, n'avaient pas envie d'être tolérés, ni, justement, d'être normaux, quand la norme est celle des chrétiens blancs hétérosexuels ?

Devine qui est hétéro ?
Bryt___RompezPlutôt que de s'intéresser aux déviants de la norme, la pédagogie de critique de la norme met en lumière la structure de rapports de pouvoirs et le système de normes sociales. Pour combattre l'homophobie, il faut parler de l'hétéronormativité. Pour combattre le sexisme, il faut parler du genre imposé. Et c'est en montrant la norme qu'on parvient à déconstruire les mécanismes de discrimination, de rejet du différent.

Un excellent manuel a été publié en Suède : "Rompez !", deuxième édition cette année. Où les nombreux collaborateurs (notamment Maria Ahlsdotter et Sandra Dahlén, dont j'ai déjà parlé ici), mettent en évidence les normes et leurs conséquences. Sandra Dahlén a également publié un deuxième bouquin, "Hetero", qui s'intéresse à l'hétérosexualité comme norme (ce qu'on appelle, donc, l'hétéronormativité).

Les résultats de cette pédagogie de critique de la norme sont divers : les enseignants, explique Maria Ahlsdotter, détestent généralement cette méthode et ont des réactions assez violentes. On préfère passer pour généreux et tolérant plutôt que de se retrouver dans les rapports de pouvoir parmi les dominants. Les élèves, en revanche, discernent assez rapidement ces questions de pouvoir et, cette méthode, à long terme, engage une réflexion critique et une remise en cause en profondeur des évidences et du système de classement qui résulte des normes sociales.


Illustrations :
- Image Tetris issue du jeu 99 bricks, une sorte de Tetris à l'envers où il s'agit de construire la plus haute construction sans qu'elle ne s'écroule.
- François Bégaudeau dans Entre les murs, de Laurent Cantet (2008).
- La tolérance de l'homosexualité dans le monde en 2006, cartographie Agoravox.
- Bryt! Ett metodmaterial om normer i allmänhet och heteronormen i synnerhet (Rompez ! Un manuel sur les normes en général et l'hétéronormativité en particulier). Forum för levande historia (Forum pour une Histoire vivante) et RFSL (Association des gays, lesbiennes et trans suédois), 2008.

28 novembre 2008

Techniques de domination

Hier, j'ai suivi mon troisième cours d'autodéfense !

H_rskarteknikerOutre les techniques d'autodéfense physique que nous avons révisées (notamment, comment déstabiliser un agresseur quand on se trouve bloqué-e sous lui en position allongée, sur le dos ou sur le ventre), Elsa nous a parlé des Härskartekniker, techniques de domination ou de maîtrise de l'adversaire, qui sont utilisées par les personnes en situation de pouvoir pour décrédibiliser, discréditer, inférioriser les autres.
Ces techniques sont au nombre de 7, et ont été identifiées par la chercheuse norvégienne en psychologie sociale Berit Ås. L'objectif est de pouvoir reconnaître ces techniques, pour savoir quand elles sont utilisées contre nous et, d'une part, mettre un mot sur le malaise qui généralement en résulte, et d'autre part, pouvoir les combattre en les mettant à jour.

Berit Ås a établi cette liste de techniques de domination en observant comment, lors de réunions de travail, les hommes communiquaient entre eux leur désintérêt à chaque fois qu'elle prenait la parole. En utilisant elle-même ces techniques, Berit Ås réussissait à se faire entendre en réunion. Mais ces techniques sont également observables dans toute relation de domination (pas seulement entre hommes et femmes), et la théorie de Berit
Ås est utilisée en Scandinavie dans de nombreux contextes (scolaire, professionnel, etc.), comme outil pour combattre cette structure de domination/soumission.

7 techniques pour imposer sa domination sur quelqu'un :

H_rskartekniker_11- l’invisibilisation.
(Osynliggörande)
Faire taire ou marginaliser ses opposants en les rendant invisibles. Ignorer certains de ses interlocuteurs en sélectionnant ceux qui sont "dignes" d'être entendus.
Ex: Tu proposes une idée et quelqu'un se l'approprie. Personne n'écoute quand tu parles. Tes propres désirs ne sont pas pris en compte.

2- la ridiculisation.
(Förlöjligande)
Faire passer, par la manipulation, l'opinion de ses opposants pour débile, arriérée, folle.
Ex: On lève les yeux au ciel ou on rit à chaque fois que tu parles. On plaisante sur ton apparence physique ou ta voix alors que tu dis quelque chose d'important.
"Ah oui, genre, le nucléaire c'est nul, donc on n'aurait qu'à revenir à la bougie et à la charrue, haha !"

3- la dissimulation d’information.
(Undanhållande av information)
Exclure son adversaire ou marginaliser son rôle en faisant de la rétention d'information.
Ex: Tu comprends que tes collègues ont eu une réunion, ou pris des décisions sans t'en avertir. Ton partenaire te tient à l'écart de tout ce qu'il fait.
Rachel se rend compte que toutes les décisions importantes se prennent à la pause cigarette, alors qu'elle ne fume pas.

Evolution4- l’injonction paradoxale.
(Dubbelbestraffning: la "double peine")

Placer son adversaire dans une position où quel que soit son choix, il aura tort.
Ex: Si tu t'habilles sobrement, on te traite de coincée / Si tu t'habilles sexy, on te traite de pute. Si tu travailles efficacement, on te reproche de faire du zèle / Si tu travailles lentement, on te reproche d'être feignant. Si en tant qu'homme, tu ne prends aucune responsabilité à la maison, on te traite de macho / Si tu partages les tâches domestiques, on dit que tu n'es pas viril. Si en tant que femme, tu rentres t'occuper de tes enfants au lieu d'assister à une réunion, on te trouve peu sérieuse / Si tu assistes à la réunion, tu es une mauvaise mère.

5- la culpabilisation et la honte.
(Påförande av skuld och skam)
Amener l'autre à avoir honte de ce qu'il ou elle est. Amener la victime à penser que l'agression est arrivée par sa faute. Souvent combiné avec la ridiculisation et la double peine.

Ex: Personne n'écoute ce que tu dis, alors tu en déduis que tu t'exprimes mal ou de façon stupide. Tu es harcelé-e sexuellement, alors tu t'en prends à toi-même et à ta façon de t'habiller.
"Elle l'avait bien cherché."

H_rskartekniker_46- la réification
(objektifiering)
Réduire l'autre à son corps et à son apparence dans des situations inappropriées.
Ex: Personne ne se rappelle ton prénom, tu es toujours "celle avec les gros seins".
"Veuillez accueillir sur ce plateau Jean-Louis l'expert, et la charmante Marie-Claude !"

7- la violence ou menace de violence.
(Våld eller hot om våld)
Exercer sa volonté en utilisant sa force physique ou en menaçant de le faire.
Et là, on retombe dans les formes "classiques" d'agression physique, dont on a parlé précédemment.

En conclusion : reconnaître et stigmatiser ces techniques permet essentiellement de ne pas perdre son temps à se sentir mal sans savoir pourquoi. Une fois ces techniques de domination mises à jour, Berit Ås s'amusait avec ses collègues en réunion à signaler de la main à chaque fois qu'une de ces techniques était utilisée par un interlocuteur (un doigt en l'air pour une invisibilisation, trois doigts en l'air pour la découverte d'une rétention d'information...)
Et oui, toi aussi, amuse-toi à repérer en réunion les techniques des mâles dominants et autres individus alpha, pour mieux les combattre en posant tes limites...

Illustrations : Lotta Sjöberg, dans Sex med mera, Sandra Dahlén, 2002.

15 novembre 2008

Overdose

Il semblerait que l'homophobie soit devenue ces derniers temps quelque chose d'acceptable.

barack_obama_devant_le_capitoleAlors oui, le président étasunien élu est noir, ouuuuuh... le grand changement ! Symboliquement, ça veut dire beaucoup, mais concrètement, Obama n'en reste pas moins un conservateur. Par exemple, s'il est contre l'inscription d'une interdiction du mariage homosexuel dans les Constitutions des États de l'Union, il reste convaincu que le mariage, c'est un truc qui doit se passer entre un homme et une femme (selon les définitions traditionnelles).

Pourquoi ? Euh, ça je n'ai jamais bien compris, parce que les arguments, faute de tenir debout, se déplacent sans arrêt : "parce que c'est naturel" ne tient pas trente secondes, vu qu'évidemment l'union de deux humains dans une mairie et/ou une église n'a rien de naturel. "Parce qu'il faut un homme et une femme pour faire un enfant" n'a pas de sens si l'on considère que le mariage n'est plus, aujourd'hui, contracté pour la reproduction, puisqu'on autorise à se marier des couples hétérosexuels stériles et des personnes âgées. Sans compter le fait qu'homosexuel ne veut pas dire stérile et que l'adoption et les techniques de procréation médicalement assistée (PMA) permettent aujourd'hui d'attendre un enfant sans que les parents (sociaux) n'en soient forcément les géniteurs (biologiques).
Un Christian Vanneste qui avance que "l'homosexualité est une menace pour la survie de l'humanité", (et s'en sort sans condamnation), semble oublier que l'homosexualité a toujours existé et qu'elle n'a jamais ralenti la croissance de la population mondiale.

Ellen_DeGeneres_and_Portia_de_RossiLa Proposition 8 dont je parlais précédemment, a été adoptée en Californie. Le mariage gay est donc désormais banni par la Constitution (tout comme en Floride et en Arizona), et ce malgré la mobilisation des personnalités hollywoodiennes qui déplorent ce grand pas en arrière. Il y a six mois, la Cour suprême de l’État de Californie avait autorisé le mariage homosexuel et depuis, 18 000 couples de même sexe se sont unis dans l’État. Parmi lesquels la présentatrice télé Ellen De Generes, qui a épousé Portia De Rossi (la blonde avocate Nelle dans Ally McBeal) au mois d'août. Ellen s'est engagée contre la Proposition 8, implorant les Californiens de voter non à l'interdiction : "Je vous en supplie, je ne veux pas rendre mes cadeaux de mariage... J'adore mon nouveau grille-pain !"

Donc on ne peut plus se marier en Californie quand on a le même sexe que son partenaire. Non pas que je sois pour le mariage en général, hein, mais je trouve que les homosexuels devraient avoir le même droit de choisir de ne pas se marier.
D'un point de vue stratégique, on dirait que la campagne contre la Proposition 8 n'a pas été bien menée. Pour preuve, les Afro-Américains Californiens ont voté à 69% pour l'interdiction du mariage homosexuel. L'accent n'a pas été mis sur le parallèle entre les discriminations homophobes et les discriminations racistes qui interdisaient les mariages "mixtes" (blancs et noirs) pour empêcher la "dégradation" de la valeur mariage. Cet argument, "je ne veux pas qu'ils puissent se marier, sinon mon propre mariage ne vaudrait plus grand chose", est aussi utilisé contre le mariage gay. Comme dirait l'humoriste étasunien Jon Stewart, les opprimés sont devenus les oppresseurs en votant pour un président noir mais contre le mariage homosexuel.

"Free at last! Free at last! Woo woo, where are you two going?", Jon Stewart, The Daily Show.

Enfin, la vidéo qui m'a le plus choquée cette semaine, c'est celle où l'on voit le sénateur Gérard Longuet dire à Xavier Darcos qu'il ne voit pas comment la lutte contre la pédophilie peut être compatible avec ce qu'il appelle une "promotion" de l'homosexualité (en l'occurrence, il s'agit des mesures de lutte contre l'homophobie en milieu scolaire -- mais les cathos ont tendance à penser que l'homosexualité peut se transmettre ou s'encourager).


Le Sénateur Gérard Longuet (3 juillet 2008)

On est en 2008, et un crétin élu sénateur peut comparer l'homosexualité à la pédophilie dans l'indifférence quasi générale (c'était en juillet !), ne s'en offusquent que des militant-e-s gays et lesbiennes et quelques rares articles de presse. Mais apparemment en France, les propos homophobes "ne dépassent pas les limites de la liberté d'expression", d'après la Cour de cassation qui a annulé la condamnation de Christian Vanneste.

Je trouve que ça fait un peu beaucoup ces derniers temps.


10 novembre 2008

Födelsedag

Le week-end dernier, j'ai fêté mes 26 ans. En bonne compagnie...

2008_11_01_F_delsedagsfika_2_Charlotte
Une charlotte aux pommes, des caramels d'Isigny, des muffins à la praline...
Et des amies autour de la table... (qui garderont l'anonymat ^_^).

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29 octobre 2008

Ma ministre

regnbaagsfamiljerJ'apprends aujourd'hui qu'un rapport parlementaire français est actuellement utilisé comme caution en Californie par des groupes homophobes qui espèrent faire entrer dans la constitution californienne l'interdiction d'union des couples de même sexe, autorisée dans cet État depuis le mois de mai 2008. [Edit: un article sur la campagne pour le mariage gay ici.]
Des petits spots de pub sont même en ligne sur Internet, où des conservateurs californiens, partisans d'une définition réactionnaire de la famille (hétéronormative et sexiste, évidemment), acclament le bon sens de la France tout aussi traditionaliste et homophobe, le tout sur fond de musique héroïque (genre nous sauverons notre société de la dépravation) et avec des tours eiffels (ben oui, la France, quoi. Que le plus gros symbole phallique de Paris soit surnommé la Grande Dame ne semble pas aider à lutter contre l'homophobie, dommage).

Ce rapport, daté de janvier 2006, préconisait le maintien par l'État fran
çais de l'interdiction du mariage homosexuel, de l'adoption homoparentale et de la procréation médicalement assistée pour les couples de gays et de lesbiennes. Raisons invoquées : les droits de l'enfant doivent primer sur les choix (??) de mode de vie parentaux. (Ou comment une fois de plus institutionaliser l'idée que l'homosexualité est un choix, qui rendrait les principaux concernés moins aptes à la parentalité).

Le truc, c'est que ce rapport est signé... Valérie Pécresse, ma ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche.

Oui, celle-là même qui encourage les campagnes contre l'homophobie dans les universités et les grandes écoles depuis la rentrée.

patrik_15Ce qui m'amène à écrire quelques mots sur une comédie suédoise très réussie, Patrik 1,5 de Ella Lemhagen, sortie en Suède le 12 septembre dernier.

Le pitch :
Sven et Göran sont un couple gay et viennent de recevoir l'autorisation d'adopter un enfant. Ils sont surenthousiastes quand ils re
çoivent une lettre des services sociaux leur annonçant qu'on leur a attribué Patrik, âge : 1,5.
Sauf que le petit Patrik arrive, et qu'il a 15 ans. Une virgule mal placée, et c'est une toute autre histoire, d'autant que Patrik est un délinquant récidiviste violent et homophobe, ce qui complique la situation.

Les dialogues sont super drôles et les acteurs s'en sortent bien. Et une vision de l'homoparentalité comme n'importe quelle parentalité : avec des hauts et des bas, pas forcément liés à l'orientation sexuelle du couple.
Une sortie prochaine en France à espérer...?

La bande-annonce... en suédois.

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24 octobre 2008

A l'attaque

Hier soir, deuxième cours d'autodéfense. L'ambiance est encore plus agréable que la semaine dernière, on discute entre participantes, on plaisante avec les instructrices... et pourtant, on passe aux choses sérieuses : l'auto-défense physique.

L'idée est de nous faire réaliser que nous sommes bien plus fortes qu'on ne l'imagine. Que quels que soient le poids ou la musculature d'un éventuel agresseur, on peut facilement attaquer ses points faibles pour atteindre notre objectif principal : s'échapper d'une situation dangereuse.
Encore une fois, Anna et Elsa nous préviennent : il ne s'agit pas de se battre en faisant des gestes cools pour que le sang gicle partout (minidéception). L'autodéfense sert juste à faire respecter ses limites et à s'éloigner du danger, et c'est dans ce cadre que la violence physique peut être requise, pour se dégager d'un agresseur, le blesser pour gagner assez de temps et s'enfuir.

Malgré un langage corporel clair, un regard sûr et une voix forte, il faut donc parfois aller plus loin pour répondre à une agression, et utiliser son droit à recourir à la violence en cas de légitime défense.

points_faiblesLes points faibles de tout être humain sont les endroits du corps où on ne peut développer de muscles pour se protéger. A savoir, principalement :

- les yeux : frapper avec la pointe des doigts, tendus et rassemblés tous les 5 pour plus de force et de stabilité.
- la gorge : frapper la pomme d'adam avec le plat du poing. Attention à bien garder le pouce à l'extérieur du poing pour éviter qu'il ne s'écrase.
- l'entre-jambe : un coup de genou bien placé est redoutablement efficace. Pas de coup de pied, parce qu'il se voit venir de loin et qu'on a vite fait de se retrouver avec la jambe en l'air, le pied attrappé au vol par un agresseur qui a de bons réflexes.
La sensibilité de l'entre-jambe masculin permet aussi, s'il est assez à découvert (caleçon, pantalon fin), l'efficace "Grab-Squeeze-Twist" (attraper-écraser-tourner) qui fait frémir les garçons à qui on ne fait que le décrire. On peut aussi, si la situation le permet et donc l'impose --et toute personne ayant vu La dernière maison sur la gauche voit de quoi il s'agit-- utiliser ses dents.
- les genoux : coup de pied dans la rotule. Oui parce qu'un genou, ce n'est pas très pratique, ça ne peut se plier que dans un sens, et tous les autres sens font mal.

Si on se trouve bloqué par derrière : les genoux semblent les plus accessibles, par un coup de pied vers l'arrière.
En cas de tentative d'étranglement, contenir l'agresseur avec ses propres mains, et baisser la tête pour coincer le menton sous le bras / les mains de l'agresseur pour se ménager un peu d'espace et donc d'air. On a ensuite environ 30 secondes d'air supplémentaires pour pouvoir frapper les points faibles.
Si on est allongée sur le dos, l'agresseur assis sur nous, plier les genoux et remonter ses jambes derrière l'agresseur, puis donner un coup de hanches : l'agresseur se retrouve projeté en avant. Personnellement je n'y croyais pas du tout, spécialement quand on fait le test avec une personne en surpoids, mais en fait, ça marche carrément. On peut tout à fait soulever un corps lourd d'un coup de hanches quand on a un bon appui sur ses pieds, et la force du mouvement est accentuée par l'effet de surprise, qui donne généralement le temps d'atteindre les points faibles de l'agresseur et/ou de se dégager complètement et de s'enfuir.

Tout ça en criant des trucs genre "NEJ!" avec sa voix de poitrine, en contractant le diaphragme pour que le son porte aussi loin que possible et puisse d'une part, alerter d'éventuels témoins, et d'autre part, impressionner l'agresseur qui ne s'attend souvent pas à une réplique (vu qu'on n'apprend pas aux filles à se défendre et qu'elles sont persuadées qu'elles ne sont pas assez fortes pour faire le poids contre un type, et donc généralement, n'essaient même pas).

Je me suis demandé quel mot on pouvait facilement crier
en français, vu que notre "NON" n'est pas une voyelle ouverte. "DÉGAGE, PAUVRE MEC, SI TU CROIS QUE TU ME FAIS PEUR, JE NE VAIS PAS ME LAISSER FAIRE COMME ÇA JE TE PRÉVIENS, TU AS INTÉRÊT A TE BARRER VITE FAIT SI TU NE VEUX PAS FINIR AUX URGENCES ET PERDRE L'USAGE DE TES COUILLES !" a été éliminé pour cause de manque de clarté (soit disant) et d'inefficacité pour alerter des témoins. On préfèrera plutôt "Arrête !", mais on reste ouvert aux propositions.

Voilà pour le résumé du jour.

Posté par elise_daria à 03:36 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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Skinnskatteberg


Skinnskatteberg Trailer

Excellente nouvelle pour ceux qui ont vu - et donc forcément adoré ^_^ - Farväl Falkenberg, un magnifique film suédois dont je parlais ici : le réalisateur Jesper Ganslandt sort Skinnskatteberg, un "court métrage musical" en collaboration avec Erik Enocksson (compositeur de la musique de Farväl Falkenberg). Il s'agit d'un concert de 30 minutes, filmé en pleine forêt, dans la région du Västmanland.

Excellente nouvelle pour moi : ce film est en avant-première au cinéma Zita, à Stockholm, le 12 décembre (date d'anniversaire bien connue chez moi, par ailleurs), en présence d'Erik Enocksson. Pourvu qu'il reste des places !!!

17 octobre 2008

Exercice pratique

Domination_masculineLes hommes se font souvent plus agresser que les femmes. On en parle peu parce que le fait de poser les hommes comme victimes est un tabou immense, mais la domination masculine a des conséquences négatives importantes sur les hommes eux mêmes (qui s'entretuent pour des histoires d'honneur, de territoire, de patrie, bref, des trucs de mec). La tendance principale de ces agressions sur les hommes est qu'elles ont généralement lieu dans un lieu public, souvent devant témoins.

La tendance principale des agressions sur les femmes est qu'elles ont lieu à l'abri du regard des autres, soit dans un lieu fermé (souvent le domicile même de la victime, on en a déjà parlé), soit dans un lieu public mais d'une façon moins visible. Il est en effet devenu moins acceptable d'agresser une femme sexuellement de nos jours, il vaut donc mieux pour l'agresseur être plus discret. L'agresseur joue à repousser les limites de sa victime en comptant sur sa vulnérabilité et son isolement, et la victime recule en effet sans cesse son seuil de tolérance sans oser rendre l'agression publique.

Tcentralen_tomGlobalement, on a appris aux hommes à prendre plus de place et à se sentir légitimes d'occuper l'espace et le temps (de parole, par exemple. Éric Zemmour est tout à fait persuadé que ce qu'il a à dire est assez intéressant pour être diffusé à l'antenne). Globalement, on a appris aux femmes à s'adapter aux rythmes et aux utilisations de l'espace et du temps des autres. Dans la rue, il y a ceux qui marchent droit en se foutant des autres avec leur attaché-case, et il y a ceux qui zigzaguent pour éviter les petits vieux, les poussettes, les groupes de mecs qui prennent toute la largeur du trottoir. Et globalement, je fais partie de la deuxième catégorie.

Sauf quand j'essaie, pour voir, de ne pas changer ma trajectoire.

StressgangenDans le couloir souterrain qui relie la gare centrale de Stockholm à la station de métro, à l'heure de pointe, c'est assez costaud. Les Stockholmois surnomment d'ailleurs ce tunnel "
stressgången", le passage du stress. Il y a ces types, sûrs d'eux et du fait que l'on va s'écarter de leur passage. Ces types semblent terriblement perturbés quand une femme, jeune qui plus est, ne change pas de trajectoire, et continue de marcher droit sur eux jusqu'à ce qu'ils finissent par se jetter sur le côté en maugréant un truc (généralement une insulte sexiste).

Il ne s'agit pas de foncer sur les petits vieux ou les gamins (quoique ça pourrait faire un super jeu vidéo, ça fera l'objet d'un prochain post...), hein, juste de changer parfois le cours des choses et de ne pas laisser des gens décider de notre trajectoire. Une première étape de déconstruction de la norme, pour qu'au final, on puisse choisir le civisme (et non la galanterie !), en faisant en sorte que tous prennent en considération les trajectoires des autres.

Photos : Stressgången vide (Wikipedia), et à l'heure de pointe (Flickr).

Posté par elise_daria à 18:06 - - Commentaires [0] - Permalien [#]